À la suite de la décision de la commission mixte paritaire sur le projet de loi de simplification de la vie économique, qui prévoit la suppression des zones à faibles émissions (ZFE), Airparif rappelle les principaux enjeux liés à ce dispositif en matière de qualité de l’air en Île-de-France.
En Île-de-France, la qualité de l’air s’est nettement améliorée au cours des vingt dernières années, sous l’effet de politiques publiques menées aux échelles locale, nationale et européenne. Ces évolutions ont permis des bénéfices sanitaires significatifs, avec des gains économiques estimés dix fois supérieurs aux investissements réalisés pour améliorer la qualité de l’air.
Malgré ces progrès, la pollution de l’air demeure un enjeu majeur de santé publique. Elle est encore responsable d’environ 8 000 décès prématurés par an en Île-de-France. En 2024, plus de 2,6 millions de Franciliens étaient exposés à des niveaux de pollution supérieurs aux seuils fixés par la nouvelle directive européenne applicable en 2030. Par ailleurs, l’ensemble de la population francilienne respire un air qui ne respecte pas l’ensemble des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.
La ZFE, un levier reconnu pour l’amélioration de la qualité de l’air
Dans ce contexte, les ZFE constituent l’un des leviers identifiés pour poursuivre l’amélioration de la qualité de l’air et réduire l’exposition des populations. La ZFE mise en place dans la Métropole du Grand Paris, sur le périmètre situé à l’intérieur de l’A86, s’inscrit dans une dynamique largement partagée à l’échelle européenne, avec plus de 200 dispositifs similaires en fonctionnement.
Les travaux d’Airparif montrent que la ZFE-m a déjà contribué à l’amélioration de la qualité de l’air. Depuis sa mise en place, elle permet d’expliquer 14 % de la diminution des émissions d’oxydes d’azote (NOx) sur son territoire. La suppression de la ZFE entraînerait un report d’environ deux ans du respect de la valeur limite annuelle actuelle en dioxyde d’azote dans l’agglomération parisienne.
La suppression des ZFE fragiliserait également la position juridique de la France vis-à-vis de ses obligations européennes en matière de qualité de l’air. Ces dispositifs font partie des actions identifiées pour répondre aux contentieux engagés par la Commission européenne et le Conseil d’État. En avril 2025, le Conseil d’État avait levé les astreintes liées à la pollution de l’air, notamment en raison de l’existence et de la contribution de la ZFE à l’amélioration de la situation.
Des effets contrastés à l’horizon 2030 selon les scénarios
Les évaluations prospectives d’Airparif montrent que la suppression de la ZFE actuelle conduirait à des dépassements plus importants des niveaux de dioxyde d’azote en 2030, avec environ 40 000 Franciliens supplémentaires surexposés par rapport à un scénario de maintien de la ZFE. À l’inverse, un renforcement de la ZFE aux véhicules Crit’Air 2 en 2030 permettrait une réduction très significative de l’exposition des populations, avec une baisse de 96 % de la population exposée au NO₂ par rapport au scénario actuel dans la Métropole du Grand Paris.
Un dispositif majoritairement soutenu par les Franciliens
Selon une enquête Ipsos réalisée pour Airparif et publiée en janvier 2026, 55 % des Franciliens se déclarent favorables à l’existence d’une ZFE. Parmi eux, 74 % se prononcent également en faveur d’un durcissement progressif des restrictions, tout en exprimant une attente forte en matière d’accompagnement, notamment pour les publics concernés par ces mesures.
La ZFE de la Métropole du Grand Paris, comment ça marche ?
En Île-de-France, le trafic routier constitue la première source d’émissions d’oxydes d’azote, représentant près de 50 % des émissions totales. Les ZFE, bien que n’étant pas le seul outil disponible, figurent parmi les leviers efficaces pour réduire la pollution liée au transport routier.
Une ZFE vise à limiter la circulation des véhicules les plus polluants au sein d’un périmètre défini, en s’appuyant sur la classification « Crit’Air », fondée sur les normes européennes d’émissions. Les véhicules les plus récents, soumis à des exigences environnementales plus strictes, émettent ainsi moins de polluants atmosphériques.
Dans la Métropole du Grand Paris, la ZFE est entrée en vigueur progressivement depuis 2017 (initialement à Paris puis plus largement). Elle s’applique aujourd’hui sur l’ensemble du territoire situé à l’intérieur de l’A86, du lundi au vendredi de 8h à 20h (hors week-ends et jours fériés) pour les véhicules particuliers, véhicules utilitaires et les deux roues motorisées et tous les jours de la semaine de 8h à 20h pour les poids lourds, les cars et les bus. Les restrictions concernent les véhicules classés Crit’Air les plus polluants. Des dérogations permanentes sont prévues pour certains usages et publics spécifiques, notamment les véhicules d’urgence, les personnes en situation de handicap ou certaines activités professionnelles. Par ailleurs, 24 jours de dérogation individuelle par an est accordé à l’ensemble des usagers, permettant de circuler ponctuellement dans la ZFE. Ces dispositifs sont complétés par des aides financières destinées à accompagner les ménages et les professionnels dans leur transition, mais qui nécessitent d’être renforcées pour les populations les plus précaires qui sont aussi celles qui sont les plus vulnérables à la pollution de l’air.
La ZFE encourage le recours à des modes de déplacement alternatifs plus vertueux, tels que les transports en commun, le vélo ou le covoiturage, et agit ainsi en cohérence avec les autres politiques de mobilité durable.